Route du Rock 2004 : Le compte rendu

--- Vendredi 13 ---

A peine arrivés à Saint Malo, nous devons bien nous rendre à l'évidence : on est bien loin de la canicule de l'an dernier, lorsque les ancêtres tombaient comme des mouches et qu' à peine une petit goute de pluie avait rafraîchi le Fort de Saint-Père.
Néanmoins, armés de nos billets et de notre proverbiale ténacité, nous voilà en train de monter la tente, à peine une première averse passée.
Coup de chance, ce sera la seule des deux premiers jours.

Le Fort, comme tous les ans, se prête à merveille au festival, qui y gagne une majesté dont tous les gros dinosaures (Dour, Belfort, etc...) ne peuvent que rêver, avec leur grosses scènes au milieu de terrains vagues.
Passons en vitesse sur les rares petits soucis, et en particulier sur le son dans le Fort. D' énormes enceintes de basse dénaturent complètement le son sur les cinq ou dix premier rangs, et c'est bien dommage...
A part ça, comme toujours, rien à redire, l'armée de bénévoles est toujours aussi efficace et sympathique, et rien, jusqu'à dimanche, ne  nous empêchera de profiter des concerts.

Now It's Overhead ouvre le festival, avec un rock assez interressant. On aime  sans sauter au plafond non plus, et on sent bien qu'il faudra probablement plus d'écoutes et de concerts pour vraiment appréhender ce groupe hybride entre pop classique et rock barré.

En phase de séparation, The Beta Band a tenu ses engagements, malgrè tout, et c'est louable. Malheureusement, le set est en pilote automatique, les morceaux se suivent et se ressemblent, sans la touche de folie qui faisait des miracles sur les premiers albums. Sur la scène de Saint-Malo, ce soir, The Beta Band est un groupe déjà terminé, sans vie.

La vie, par contre, coule à flot dans le concert de The Kills. Sensuel, sexuel, brutal, leur son déchire les convenances. Pas question ici de faire dans la demi mesure : The Kills jouent bien et fort leur blues-rock bien meilleur que celui des fades White Stripes. De plus, avec le temps, le chant de VV s'éloigne de celui de PJ Harvey, se trouve une personalité propre.

Et voilà enfin le concert que tout le monde attend, le clou du festival : le premier concert de dEUS en France depuis près de cinq ans. Jouant sans temps mort anciens et nouveaux morceaux, le groupe est manifestement bien dans le Fort, qu'ils avaient déjà visité "en nonante neuf". Ils nous gratifieront même d'un morceaux écrit dans l'aprés midi. Le concert est moins fougueux que dans nos souvenirs, mais y gagne véritablement en émotion, sur un splendide "Magdalena".

Etant bien forcés à un moment donné de manger un peu, on passera à coté du set de LCD Soundsystem. De ce qu'on entend de loin,du gros rock comme on en largue des tonneaux, ces derniers temps, on regrette assez peu.

Ce qu'on regrette, par contre, c'est de devoir louper la fin du set de RJD2. Le début est inspiré, chasse un peu trop par moment sur les terres privées de DJ Shadow, mais ça emballe bien, et c'est redoutablement efficace.

--- Samedi 14 ---

Deuxieme jour.
Là encore, on sèche le palais (à grand regret) et la plage, pour jouer les touristes. Comme tous les ans, on s'extasie devant Cancale. Cette petite ville est vraiment splendide, et déjeuner de bulots et d'huitres à cinq mètres de la jetée est un enchantement.

Enchentement qui se poursuit dans le Fort. Flotation Toy Warning est la découverte de cette année, le groupe dont on n'attendait rien et qui nous bouleverse. Le mélange improbable entre les guitares rock, les claviers électroniques, et la voix tout droit sortie d'une église prend à merveille, on est conquis, le concert est somptueux.

Lali Puna à la dure charge de poursuivre, et s'en sort bien. Plus rock que le concert du Café de la Danse, le groupe allemand enchaîne ses chansons, qui, si les gens avaient du gout, seraient des tubes, et passeraient en rotation lourde à la radio. On regrette tout de meme un peu la précédente formation, où les machines faisaient moins leur loi.

Honnêtement, on partait sans à priori sur Air. Le duo fait des disques sans réel intérêt particulier, mais ça ne serait pas le premier groupe médiocre sur disque et très bon sur scène.
Mais non, loin d'etre médiocre, Air est tout bonnement horrible. On a rarement vu des morceaux aussi lents, ennuyeux, joués par un groupe aussi prétentieux. A noter, certains dans le public finiront par pogoter, ce que nous aurions cru aussi impossible que gagner un 100 mètres sous Temesta.

Pour rester dans les versaillais pénibles, on avait déjà subi Phoenix en 2000 au Festival des Inrocks. Pas d'amélioration en quatre ans, on fuit devant une telle horreur.

A peine revenu devant la scène, TV on the radio prend place.
Auteurs d'un très bon EP et d'un album moins intéressant, ils révèlent sur scène toute leur intensité. Après le métissage très anglais de Flotation Toy Warning, voici celui-ci, complètement américain. Une rencontre détonnante entre Sonic Youth et Marvin Gaye, qui ne laisse personne de marbre. Le chanteur, complètement en transe, sert de trait d'union entre les guitaristes, qui emmènent chacun le groupe de son côté. Tiraillé entre un rock blanc nerveux et une soul afro-américaine rythmée, le groupe y trouve une intensité rare.

Peaches, quand à elle, fait un show intéressant, qui retourne de façon assez maligne les fantasmes masculins (danseuses à barbes avec godes ceintures, chanteuse en petite tenue).
Mais le problème, c'est qu'à trop penser et soigner son show, Peaches en a oublié les chansons. Alors que son compère Gonzales, tout aussi provoquant, est également un compositeur virtuose, on sent que Peaches n'à pas d'autre talent que celui de  choquer. Au bout de quarante minutes, on rentre se coucher, lassés.

--- Dimanche 15 ---

Le lendemain, après un court détour par le DJ-mix inspiré et éclectique de Colleen, on retourne dans le Fort.

Prestation très belle de Mojave 3. On aurait peut etre préféré découvrir ce groupe délicat dans un lieu plus intime, mais leur concert folk-pop était à ne pas louper.

Les belges de Girls In Hawaii, eux, ont fait un set gentil, assez drôle, et sympathique. Mais sans l'étincelle qui fait les bons concerts. On ne ressent finalement aucune émotion. On écoute, on remue la tête et on tape du pied, mais à peine leur concert fini, plus rien n'en reste.

Hélas, ce n'est pas la seule chose à se passer à peine leur concert fini. A peine leur matériel démonté, un violent orage s'abat sur nous, et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, on se retrouve trempés de la tête au pied.

Blonde Redhead part avec ce handicap, mais fait oublier un temps la pluie. Nous avions assez bêtement snobbé ce groupe à la suite d'un concert, il y a quatre ans de ça, et nous avions tort. Efficace, tranché, leur rock fait des merveilles. Hélas, l'orage continue, le groupe se retrouve bientôt à jouer les pieds dans l'eau, une armée de balayeurs tentant en vain de nettoyer la scène, et le set est interrompu pour raison de sécurité. Il ne reprendra pas.

Trempés et épuisé par la violence de l'orage, nous partons nous réfugier dans la tente. De loin, on entendra quelques bribes de Dionysos et Blues Explosion, noyées par le bruit de la pluie sur la toile.