--- Vendredi 13 ---
A peine arrivés à Saint
Malo, nous devons bien nous rendre à l'évidence : on est
bien loin de
la canicule de l'an dernier, lorsque les ancêtres tombaient comme
des
mouches et qu' à peine une petit goute de pluie avait
rafraîchi le
Fort de Saint-Père.
Néanmoins,
armés de nos billets et de notre proverbiale
ténacité, nous voilà en
train de monter la tente, à peine une première averse
passée.
Coup de chance, ce sera la seule des deux premiers jours.
Le
Fort, comme tous les ans, se prête à merveille au
festival, qui y gagne
une majesté dont tous les gros dinosaures (Dour, Belfort,
etc...) ne
peuvent que rêver, avec leur grosses scènes au milieu de
terrains
vagues.
Passons en vitesse sur les rares petits soucis, et en
particulier sur le son dans le Fort. D' énormes enceintes de
basse
dénaturent complètement le son sur les cinq ou dix
premier rangs, et
c'est bien dommage...
A part ça, comme toujours, rien à redire,
l'armée de bénévoles est toujours aussi efficace
et sympathique, et
rien, jusqu'à dimanche, ne nous empêchera de
profiter des concerts.
Now It's Overhead ouvre
le festival, avec un rock assez interressant. On aime sans sauter
au
plafond non plus, et on sent bien qu'il faudra probablement plus
d'écoutes et de concerts pour vraiment appréhender ce
groupe hybride
entre pop classique et rock barré.
En phase de séparation,
The Beta Band
a tenu ses engagements, malgrè tout, et c'est louable.
Malheureusement,
le set est en pilote automatique, les morceaux se suivent et se
ressemblent, sans la touche de folie qui faisait des miracles sur les
premiers albums. Sur la scène de Saint-Malo, ce soir, The Beta
Band est
un groupe déjà terminé, sans vie.
La vie, par contre, coule à flot dans le concert de
The
Kills.
Sensuel, sexuel, brutal, leur son déchire les convenances. Pas
question
ici de faire dans la demi mesure : The Kills jouent bien et fort leur
blues-rock bien meilleur que celui des fades White Stripes. De plus,
avec le temps, le chant de VV s'éloigne de celui de PJ Harvey,
se
trouve une personalité propre.
Et voilà enfin le concert que tout le monde attend, le clou du
festival : le premier concert de
dEUS
en France depuis près de cinq ans. Jouant sans temps mort
anciens et
nouveaux morceaux, le groupe est manifestement bien dans le Fort,
qu'ils avaient déjà visité "en nonante neuf". Ils
nous gratifieront
même d'un morceaux écrit dans l'aprés midi. Le
concert est moins
fougueux que dans nos souvenirs, mais y gagne véritablement en
émotion,
sur un splendide "Magdalena".
Etant bien forcés à un moment donné de manger un
peu, on passera à coté du set de
LCD Soundsystem. De ce qu'on entend de
loin,du gros rock comme on en largue des tonneaux, ces derniers temps,
on regrette assez peu.
Ce qu'on regrette, par contre, c'est de devoir louper la fin du set de
RJD2.
Le début est inspiré, chasse un peu trop par moment sur
les terres
privées de DJ Shadow, mais ça emballe bien, et c'est
redoutablement
efficace.
--- Samedi 14 ---
Deuxieme jour.
Là encore, on sèche le palais (à grand regret) et
la plage, pour jouer les touristes. Comme tous les ans, on s'extasie
devant
Cancale. Cette petite ville est vraiment
splendide, et déjeuner de bulots et d'huitres à cinq
mètres de la jetée est un enchantement.
Enchentement qui se poursuit dans le Fort.
Flotation Toy Warning
est la découverte de cette année, le groupe dont on
n'attendait rien et
qui nous bouleverse. Le mélange improbable entre les guitares
rock, les
claviers électroniques, et la voix tout droit sortie d'une
église prend
à merveille, on est conquis, le concert est somptueux.
Lali Puna
à la dure charge de poursuivre, et s'en sort bien. Plus rock que
le
concert du Café de la Danse, le groupe allemand enchaîne
ses chansons,
qui, si les gens avaient du gout, seraient des tubes, et passeraient en
rotation lourde à la radio. On regrette tout de meme un peu la
précédente formation, où les machines faisaient
moins leur loi.
Honnêtement, on partait sans à priori sur
Air.
Le duo fait des disques sans réel intérêt
particulier, mais ça ne
serait pas le premier groupe médiocre sur disque et très
bon sur scène.
Mais non, loin d'etre médiocre, Air est tout bonnement horrible.
On
a rarement vu des morceaux aussi lents, ennuyeux, joués par un
groupe
aussi prétentieux. A noter, certains dans le public finiront par
pogoter, ce que nous aurions cru aussi impossible que gagner un 100
mètres sous Temesta.
Pour rester dans les versaillais pénibles, on avait
déjà subi
Phoenix en 2000 au Festival des Inrocks.
Pas d'amélioration en quatre ans, on fuit devant une telle
horreur.
A peine revenu devant la scène,
TV on the radio prend place.
Auteurs
d'un très bon EP et d'un album moins intéressant, ils
révèlent sur
scène toute leur intensité. Après le
métissage très anglais de
Flotation Toy Warning,
voici celui-ci, complètement américain. Une rencontre
détonnante entre
Sonic Youth et
Marvin
Gaye,
qui ne laisse personne de marbre. Le chanteur, complètement en
transe,
sert de trait d'union entre les guitaristes, qui emmènent chacun
le
groupe de son côté. Tiraillé entre un rock blanc
nerveux et une soul
afro-américaine rythmée, le groupe y trouve une
intensité rare.
Peaches,
quand à elle, fait un show intéressant, qui retourne de
façon assez
maligne les fantasmes masculins (danseuses à barbes avec godes
ceintures, chanteuse en petite tenue).
Mais le problème, c'est qu'à trop penser et soigner son
show, Peaches en a oublié les chansons. Alors que son
compère
Gonzales,
tout aussi provoquant, est également un compositeur virtuose, on
sent
que Peaches n'à pas d'autre talent que celui de choquer.
Au bout de
quarante minutes, on rentre se coucher, lassés.
--- Dimanche 15 ---
Le lendemain, après un court détour par le DJ-mix
inspiré et éclectique de
Colleen, on retourne dans le Fort.
Prestation très belle de
Mojave 3.
On aurait peut etre préféré découvrir ce
groupe délicat dans un lieu
plus intime, mais leur concert folk-pop était à ne pas
louper.
Les belges de
Girls In Hawaii,
eux, ont fait un set gentil, assez drôle, et sympathique. Mais
sans
l'étincelle qui fait les bons concerts. On ne ressent finalement
aucune
émotion. On écoute, on remue la tête et on tape du
pied, mais à peine
leur concert fini, plus rien n'en reste.
Hélas, ce n'est pas
la seule chose à se passer à peine leur concert fini. A
peine leur
matériel démonté, un violent orage s'abat sur
nous, et en moins de
temps qu'il n'en faut pour le dire, on se retrouve trempés de la
tête
au pied.
Blonde Redhead
part avec ce handicap, mais fait oublier un temps la pluie. Nous avions
assez bêtement snobbé ce groupe à la suite d'un
concert, il y a quatre
ans de ça, et nous avions tort. Efficace, tranché, leur
rock fait des
merveilles. Hélas, l'orage continue, le groupe se retrouve
bientôt à
jouer les pieds dans l'eau, une armée de balayeurs tentant en
vain de
nettoyer la scène, et le set est interrompu pour raison de
sécurité. Il
ne reprendra pas.
Trempés et épuisé par la violence de l'orage, nous
partons nous réfugier dans la tente. De loin, on entendra
quelques bribes de
Dionysos et
Blues
Explosion, noyées par le bruit de la pluie sur la toile.