Rock en Seine 2005 à Saint-Cloud
Cet été, les festivals se suivent, mais ne se ressemblent pas. Après un Feedback et un Sous la plage défricheurs et une Route du Rock fédératrice, voilà, comme à chaque fin d’été depuis trois ans, le nouveau mastodonte Rock en Seine.
Parce que notre charité a des limites, on s’attardera un peu plus sur celui de Fort Minor. Nouveau projet soi-disant rap d’un des pénibles de Linkin Park, Fort Minor réussit à réunir tout ce qu’on peut trouver de plus énervant dans le nu métal ET dans le rap west-coast. Exploit, messieurs dames, exploit. Sautant dans tous les sens engageant à peu près toutes les trois secondes le public à clapper dans ses hands, à chanter en chœur une (la ?) chanson connue de Linkin Park, Mike Shinoda ne met pas une once de second degré dans cette mascarade hip-hop heureusement très courte. Le plus ridicule sera sans doute la petite trentaine de fans qui, à la fin du set, crieront pendant 15 minutes « fore minore ! fore minore ! ». Oui oui, prononcé comme ça…
Une fois passé ces deux expériences traumatisantes voilà enfin venu le groupe que nous attendions le plus de la soirée, The Arcade Fire. Les ayant loupés lors de leurs précédents passages parisiens, cette date avait un air de rattrapage, et si le concert ne fut pas à la hauteur des énormes espérances, cela eu plus a voir avec les conditions difficiles qu’avec le groupe. D’une rare énergie, jouant autant sur la carte visuelle que sur leurs géniales bombes pop, le groupe est en effet desservi par un son brouillon et un matériel défectueux. A part ça, rien à redire, le spectacle est complet, les membres du groupe s’en donnent à cœur joie pour hurler les refrains et faire ressortir des harmonies insoupçonnées sur disque.
On attendra avec une impatience non feinte de les voir dans des conditions plus humaines, et cette fois, promis, on ne les loupera pas.
Queens of the Stone Age est décidemment un groupe étrange. Son leader, Josh Homme, peut dans un même morceau envoyer une dose de décibels pas vraiment recommandée et nous faire frissonner d’un murmure. Le set de ce soir, résolument rock, nous laissera par terre. Rarement ailleurs que devant ce groupe on n’aura à la fois été moulu par la foule et enchanté par des mélodies cachées, des trésors pop enfouis sous la carapace hard rock. La version finale et hallucinante de No one knows nous achèvera, ivres de bonheur.
L’an dernier, les Pixies avaient réalisé au zénith le concert de l’année. Sur des bases pourtant à peu près identiques, avec une setlist très proche, le concert de ce soir est nettement en deçà. Là encore, les conditions n’aident pas, et on se lasse assez vite du gigantisme de la foule là ou le groupe n’est jamais meilleur que dans une vraie salle, en comité plus restreint.
Vendredi 26 Août
Rebelote pour cette soirée : les deux premiers groupes sont absolument horribles. Soucieux de ne pas perdre notre place au premier rang, nous nous accrochons quand même, durant le set de La Phaze. Un rock électro qui voudrait taper vers le dub, mais n’arrive qu’à rappeler les sombres heures où no one is innocent était à la mode. A fuir.
A coté de cet énervant braillard, Amp Fiddler ferait presque classe. Grand échalas soul, il nous lassera pourtant à force de niaiserie, aussi bien entre les morceaux –La guerre c’est mal, la paix c’est bien, on est tous frères, blah blah blah…- que dans les paroles –Tout le monde a droit à la musique, blanc ou noir, gay ou straight, etcetera, etcetera…-. En fait, Amp fiddler pourrait bien être le fils caché de Travis…
Même si on se la jouait un peu en déclarant attendre avec impatience le set de Saïan Supa Crew, on avait un peu d’appréhension, quand même. Le rap, déjà en salle, on a parfois du mal, alors là, en festival… Heureusement, nos craintes étaient parfaitement infondées. Manifestement très en forme, la bande en fait des tonnes, envoie des gros ballons dans le public, demande des chorégraphies délirantes, saute partout… Et ça marche ! On sent bien le plaisir qu’ils prennent à être là, et c’est diablement communicatif. Avec une solide dose d’humour et de dérision, reprenant Kyo, Queen et Daft punk au human beatbox, le Saian Supa Crew livre là un des concerts les plus jouissifs du festival.
Pour relever le dur défi de leur succéder, les Foo fighters feront le pari inverse : tout dans la surenchère rock, depuis le décors, constitué d’un mur d’enceintes déglinguées, au son, très, très lourd. Si tout ça ne brille pas par la finesse, on doit se reconnaître conquis quand on réalise qu’on n’aurait jamais cru connaître autant de leurs chansons. Très efficaces, leurs tubes nous prennent aussi par nostalgie de voir ce groupe que nous écoutions au lycée, mais pourquoi bouder notre plaisir ? Une version dépouillée et déchirante de Everlong finira de nous convaincre : sur scène, les Foo fighters sont de redoutables machines à nous faire remuer la tête, au mépris de nos cervicales endolories par les années.
Pour finir ce festival, les Ecossais de Franz Ferdinand font un set de festival absolument parfait. Carrées, millimétrées, leurs chansons se prêtent complètement à l’exercice de la foule. Même si on aurait préféré un concert plus personnel, moins préparé, on sort enthousiasmé par cette décharge d’énergie communicative. Alors oui, c’est sur, l’humour est quand même un peu gras –Durant la présentation des musiciens : « Aux drums, l’homme avec les beats, les très très grosses beats ». Voyons, Alex, quand même…- et on sent bien que le show est un calque de tous les concerts précédents, mais la sauce monte joliment, jusqu’à un This fffire extraordinairement défoulant.
Et donc, en fin de compte, ça donne quoi, tout ça ?
Les bonnes nouvelles seront donc venues de là ou on les attendait moins, des Queens of the stone age ou du Saïan Supa Crew. Les concerts que nous attendions fébrilement, des Pixies à Arcade Fire, auront finalement été teintés de déception, pour des tristes raisons techniques.
Au final, il serait vain de vouloir le cacher, ce festival n’a aucun charme. Là ou l’on sent, chez les autres rassemblements, une réelle ligne de programmation, une âme propre, Rock en Seine n’a pour tout argument qu’un (très très gros) carnet de chèques. Cela lui permet certes des gros coups qui le rendent parfois incontournable, mais ne serait-ce pas pour de mauvaises raisons ?
Pour des raisons techinques (une sorte de malédiction, ce week end), pas de photos de jeudi. Toutes les photos de vendredi sont là :
La Phaze
Amp Fiddler
Saïan Supa Crew
Foo fighters
Franz Ferdinand

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