Vendredi 12 Août
Débuter un festival n’est jamais évident, et beaucoup y échouent assez lamentablement. Heureusement, les anglo-allemands d’Art Brut s’en sortent plus qu’honorablement, grâce à leurs morceaux pop très efficaces et à un humour décalé. Tenant autant du concert que du one man show –durant lequel le chanteur Eddie Argos sautille dans tous les sens, fait des mimiques incroyables et échange sa chaussette avec un spectateur-, le set met en jambe pour le week-end éprouvant qui s’annonce.
Hélas, après cette entrée en matière fraîche et agréable, le rock mou de Alamo Race Track fait retomber le soufflet. Derniers avatars de cette scène belge et hollandaise qui, de Ghinzu à Girls in Hawaii, pille dEUS et Venus en n’en gardant que la forme et en la plaquant sur des morceaux d’une affligeante banalité, les hollandais d'Alamo Race Track réussissent en plus à se rendre détestables à force de prétention affichée.
Avec sa carrière, David Gedge pourrait se permettre, lui, d’être prétentieux. Au contraire, le concert sans esbroufe du Wedding Present nous laisse KO. D’une efficacité folle, le concert nous permet d’apprécier des subtilités qui nous avaient échappées lors du passage à la Maroquinerie en mars dernier.
Certains groupes sont difficiles à apprécier, demandent un effort conscient pour se livrer. C’est le cas de Yo la tengo. Pour avoir été emballés lors de leur passage au Nouveau Casino en 2003, nous savons que ça en vaut amplement la peine, mais ce n’est certainement pas un groupe de festival, où leur humour décalé peine à convaincre ceux, assez nombreux, venus pour voir du rock « habituel », moins ambitieux.
Têtes d’affiche de ce premier soir, Mercury Rev déçoit un peu avec un concert certes de bonne facture mais trop carré, sans le coté très émouvant qu’ils peuvent avoir parfois, comme lors de la splendide Black Session de ce début d’année.
Pour clôturer cette soirée, et comme à leur habitude, The National
seront parfait. Leur rock aussi physique que réfléchi nous renverse encore une fois, avec une version particulièrement inspirée de Cold Girl Fever, et une décharge de fureur impressionnante sur une Mr November qui se terminera en slam du chanteur qui finira la chanson porté par la foule. The National prouve à nouveau que le rock peut être intelligent, adulte, sans perdre de son efficacité
Samedi 13 Août
A peine ouvert, le fort est déjà plein à craquer. Pour la première fois, grâce à l’affluence record due au concert de The Cure, le premier groupe de la soirée va jouer devant un parterre bien rempli. Et les canadiennes de The Organ s’en sortent avec les honneurs. Leur rock précis et efficace fait même se remuer les troupes de corbeaux agglutinés. Ultra référencé –On sent que les cinq filles ont dû écouter Morrissey plus que de raison–, leurs morceaux restent quand même personnels, par la magie de la voix de Katie Sketch qui, imparfaite, en est d’autant plus touchante.
L’enthousiasme provoqué par The Organ sera hélas bien vite douché par Colder. Le français enchaîne des morceaux sans le moindre intérêt, tente de se donner une contenance en fumant clope sur clope, mais ne réussit au final qu’à être pathétique. Sitôt le concert terminé, le seul souvenir sera le ridicule « silicone…sexy… ». Cinq jours après, on en rit encore.
Vous vous souvenez 2003 ? Les groupes en the pullulaient, le simple fait de cogner un arbre faisait tomber une bonne demi douzaine d’aspirant strokes. Au milieu de toute cette clique, nous avions bêtement snobé The Raveonettes, ravalés un peu hâtivement au rang de « Tourtel des Kills ». Avec le concert de ce soir, nous voilà bien forcés d’admettre notre erreur. Les suédois sont une des très bonnes surprises de cette édition. Mélodique et enflammé, leur rock paraît presque naïf au premier abord, mais nous prend par surprise, ne nous lâche plus du set, et nous fait sans problème oublier la pluie qui s’abat.
Comme pour épargner au sous-sol malouin une infiltration de rimmel, l’averse s’arrêtera pour le début de The Cure.
Avec pratiquement deux heures et demi, on assiste alors au plus long concert de l’histoire de la Route du Rock. Enchaînant les morceaux, Robert Smith ravit les fans. Le soucis est peut être d’ailleurs l : si les fans sont heureux d’entendre des raretés, des inédits et peu de tubes, les autres se lassent un peu, au bout d’une petite heure. De plus la fosse a vite fait d’écrabouiller les plus résistants, et on ne finit le concert en vie qu’au prix d’un repli stratégique vers le stand labels (et la buvette). Le festival aurait probablement gagné à garder la configuration habituelle, ses six groupes par soirée et ses sets brefs et souvent intenses.
Epuisés, on rentre dormir après que le début de !!! ait confirmé que nos craintes : on ne se sent pas supporter une heure de la version inrockuptiblement correcte du Saga Africa de Yannick Noah.
Dimanche 14 Août
Cette dernière soirée commence par un choix des plus malheureux : voulant éviter la navette, systématiquement arrêtée par des hordes de douaniers à chiens, nous irons au fort en voiture. Las, cela nous coûtera la quasi-totalité du set de Boom bip, qui semble pourtant fort intéressant. On se repenchera sur l’electro du bonhomme à la première occasion.
Groupe du siècle du NME il y a trois mois de cela, Maxïmo Park délivre un set non sans qualité (les singles Graffiti ou Going Missing font mouche), mais trop carré, trop pro. On ne sent pas la folie douce qu’ils semblent vouloir afficher. Mais le temps passe plutôt vite, on ne s’ennuie pas, et cela reste en fin de compte un bon petit concert de festival.
The Polyphonic Spree arrivent sur scène, et directement, détruisent la moindre crainte qu’on pouvait avoir. Loin d’un concert figé, prévu dans ses moindres détails, c’est un ouragan qui débarque. Les musiciens dansent chacun de manière assez peu ordonnée, un des batteurs se retrouve successivement dans le public, en haut des projecteurs, à sept ou huit mètres de hauteurs, et à nouveau dans le public, le tout sans arrêter de battre son tambour. Durant le concert, on pense un peu aux Flaming lips par cette absence absolue de cynisme, cette espèce de gros goûter d’anniversaire. Le seul reproche à faire au concert est qu’on en veut encore. A quand un concert parisien ?
La dure tâche de suivre une telle explosion de joie revient aux stars de la soirée, les New-yorkais de Sonic Youth. Les concerts de Sonic Youth sont toujours uniques, une explosion de fureur bruitiste, et celui-ci, bien qu’un peu en deçà du set fabuleux à l’Olympia en 2002, ne fait pas exception. On sent qu’on aurait pu plus rentrer dedans si on avait mieux écouté le dernier album du groupe Sonic Nurse, largement joué, mais les quelques tubes joués, dont un Teenage Riot comme toujours génial, nous mettent le sourire aux lèvres.
Un très bon concert au café de la danse en début d’année nous avait fait porter de gros espoirs sur les canadiens de Metric. Ce set est moins entraînant, mais certains morceaux font toujours mouche, en particulier l’excellent Dead Disco, qu’Olivier Assayas avait eu bien du nez de promouvoir dans son film Clean. Ce set aura de plus provoqué la polémique la plus drôle du festival, entre la mort annoncée de Johnny Hallyday et les exigences de The Cure : Emily Haines, le très joli petit pois sauteur de chanteuse, a-t-elle demandé au public de hurler « Thank You Sonic Youth ! » ou « Fuck You Sonic Youth ! » ? Le débat n’est pas encore tranché, mais nous penchons pour la première possibilité.
La fin de Metric venue, on ira une dernière fois s’amuser de la dévastation du stand labels, pendant le concert de Vive La Fête. C’est plus fort que nous, on n’a jamais pu supporter ce groupe belge qui semble pourtant, de loin, enthousiasmer la foule.
Et donc, en conclusion ?
Comme chaque année, le festival Malouin aura donc été l’occasion de se prendre de grosses claques, comme pour les Raveonettes ou Polyphonic Spree, de confirmer la confiance qu’on peut avoir en la qualité jamais démentie des groupes issus du label bordelais Talitres (The National, The Wedding Present, The Organ, trois des meilleurs moments de l’édition), et de se donner des groupes qu’on suivra avidement tout au long de l’année.
Et comme chaque année, dans le train du retour, on commence déjà à faire nos pronostics pour l’an prochain. Y aura-t-il enfin New Order ou Radiohead ? En tout cas, nous y serons.
Les quelques photos que j'ai pu prendre malgrès la vigilance des vigiles sont ici